Mardi 23 mars 2010
2
23
/03
/Mars
/2010
16:35
Publié dans : Réflexions
En pliant tout à l'heure un T-shirt réalisé par une cousine
pour la fête des cent ans de notre grand-mère, j'ai repensé à sa lassitude face à la vie, à son attente évidente de la fin. Je m'étais souvent demandé pourquoi la famille avait organisé une grande
fête (nous étions cent et quelques), alors que ma grand-mère était trop vieillie et fatiguée pour pouvoir apprécier ce genre de journée. La réponse m'est venue en regardant ce T-shirt dont chacun
de mes cousins et cousines a un exemplaire dans son placard. Nous n'avons pas fait la fête pour faire plaisir à notre mère et grand-mère, mais pour célébrer l'illusion que nous étions encore, nous,
très loin de la mort. Avoir une centenaire dans la famille, c'est avoir l'impression que la mort recule de génération en génération, et que nous avons encore beaucoup de temps devant nous.
De ma grand-mère, décédée dans sa cent-unième année, je garde hélas le regard un peu perdu qu'elle avait ce jour-là, incapable de faire face à une telle foule. Heureusement, ce regard se superpose
dans mes souvenirs à de nombreux autres, et au sourire solaire qu'elle avait si souvent.
Je suis heureux de vieillir pour et par moi-même, et pas pour réconforter une famille de jeunes insouciants.
Jo
4