24. La volonté de ne pas fumer
QUAND on veut arrêter de fumer et qu'on commence à en parler, il est parfois crispant d'entendre des gens dire que, si nous ne réussissons pas à arrêter, c'est que nous manquons de volonté. Vouloir arrêter, c'est bien synonyme d'avoir la volonté d'arrêter, que je sache. Et justement, cela ne suffit en général pas, car un fumeur n'a pas le contrôle complet de sa volonté.
Arrêter le tabac n'est pas comme arrêter le jus d'orange : le tabac est un produit très addictif, puisque neuf fumeurs sur dix sont dépendants. C'est quoi, être dépendant ? C'est ce qui, aussi incroyable que ça puisse paraître, nous amène à fumer contre notre volonté. La volonté d'arrêter le tabac ne suffit pas à arrêter, parce que notre volonté ne contrôle plus nos actes. Cela amène au cas fréquent, surprenant pour un non-fumeur, de la personne qui a arrêté de fumer depuis plusieurs mois et qui, après une situation de stress, va acheter des cigarettes et en allume une sans même s'en rendre compte : ce n'est pas la volonté qui a dirigé ses actes, mais la dépendance.
Ce que les non-fumeurs ne comprennent pas et que beaucoup de fumeurs préfèrent oublier, c'est exactement cela : un fumeur qui veut arrêter de fumer, c'est un fumeur qui fume contre sa volonté, parce que la dépendance l'y oblige. Alors dire à un fumeur dépendant qu'il lui suffirait d'un peu de volonté pour arrêter de fumer, c'est comme dire à un cul-de-jatte qu'il lui suffirait de jambes pour réussir à marcher : ça peut énerver...
La volonté de ne pas fumer permet aux non-fumeurs de ne pas fumer, mais elle ne suffit pas aux fumeurs dépendants à se débarrasser de cette dépendance. Le tabagisme, comme toutes les toxicomanies, provoque des troubles de la volonté. Arrêter de fumer, c'est regagner peu à peu le contrôle de sa volonté. Pour cela, une très bonne solution est d'administrer la dose de nicotine dont le fumeur a besoin sous une forme qui ne favorise pas la dépendance : le patch et les autres substituts nicotiniques. Peu à peu, la dépendance recule et le fumeur retrouve le contrôle de sa volonté.
Aujourd'hui, après quatorze mois sans tabac, j'ai récupéré un fonctionnement normal de ma volonté. Si je n'ai pas fumé aujourd'hui, ce n'est pas grâce à un patch me fournissant la nicotine nécessaire, ou grâce à un combat pour me contrôler et lutter contre un besoin de cigarette, c'est tout simplement parce que je ne veux pas fumer. Je ne veux pas fumer, donc je ne fume pas : il m'a fallu à peu près onze mois avant que ma volonté de ne pas fumer suffise, et que la mettre en œuvre ne soit plus un combat contre moi-même.
Jo