37. Jour de reprise
CE MATIN, je reprends le travail après trois semaines de vacances. En prenant mon vélo puis mon train puis mon vélo, je me sentais agressif et j'avais envie de râler contre les voitures qui traînent, contre les voyageurs qui laissent leurs bagages encombrer l'allée centrale du train, contre les voitures qui doublent des cyclistes à moins d'un mètre, contre les vendeuses de journaux qui ne disent pas bonjour, contre les contrôleurs qui me demandent ma carte de transport avant même d'avoir sorti l'appareil qui leur permet de la lire et contre les voyageurs qui veulent absolument descendre du train avant les autres. Ce trajet (au minimum 1 h 35 dans chaque sens) est quelque chose de pénible que je vis plus mal qu'au début.
Ce matin, je reprends le travail après trois semaines de vacances. J'ai fait le point avec mon chef, et j'ai commencé à faire le tri de mes courriels. Le gouvernement, pour réduire les difficultés économiques, nous demande de lancer plein d'opérations nouvelles, mais pour ne pas aggraver les difficultés budgétaires, il ne nous donne pas les moyens de financer ces opérations nouvelles, qui forcément se feront alors au détriment des opérations normales. Si tu n'as pas l'habitude de la logique gouvernementale, je t'explique le truc, c'est tout simple. Tu pars faire les courses avec ton conjoint. En passant devant la boutique d'un traiteur qui est un pote à lui, il sort un billet de sa poche et te dit que ça vous fera du bien de faire un bon dîner sortant de l'ordinaire, et que c'est une dépense tout à fait justifiée. Vous vous achetez une bouteille de champagne, un homard, des fruits exotiques. En sortant de chez le traiteur, tu veux te diriger vers le supermarché habituel pour faire les courses des repas de la semaine, mais là ton conjoint te dit :
« Euh... avec ce qu'on a dépensé chez le traiteur, je crois qu'on n'a plus de quoi acheter les œufs, les patates et le lait. Tant pis, on s'en passera. »
En entendant cette preuve supplémentaire de l'inutilité de notre boulot, j'ai immédiatement envie de faire une pause et j'entame ce petit article. Mon problème de motivation professionnelle ne s'est pas arrangé tout seul. Ce n'est pas tout à fait une surprise.
Ce matin, je reprends le travail après trois semaines de vacances. En passant par la gare, je n'ai pas pris ma barre chocolatée habituelle. J'ai ainsi économisé un euro et évité d'avaler trente grammes de sucre. Quand je pense que je fais attention à ne mettre qu'une demi-cuiller de sucre dans mon yaourt, et qu'un demi-sucre dans mon expresso, pour éviter deux grammes de sucre à chaque fois donc environ cinquante grammes par mois, je me dis que nos habitudes alimentaires sont vraiment totalement déréglées. Car si je me me passe de mes deux barres chocolatées quotidiennes, j'éviterai plus d'un kilogramme de sucre par mois, tout en économisant quarante euros.
Ce matin, je reprends le travail après trois semaines de vacances. Je n'avais pas passé d'aussi bonnes vacances depuis plusieurs années. Pour entrer dans le bâtiment, j'ai été obliger de sonner parce que j'avais oublié le code d'entrée. Jamais un trou de mémoire ne m'avait fait autant plaisir.
Jo