40. L'ivresse de la douleur
CONNAISSEZ-VOUS l'expression « ivre de douleur » ? Connaissez-vous l'ivresse de la douleur ?Être ivre de douleur a un sens littéraire (proche de fou de douleur ou d'éperdu de douleur), mais aussi, je le sais désormais, un sens physiologique. Être ivre de douleur, c'est ressentir une douleur permanente qui, malgré un niveau qui semble supportable, obsède tant que la tête semble tourner, que le vertige est proche, que la démarche est hésitante. Je pense que cela doit être spécifique aux douleurs de dos, car elles sont sollicitées par le moindre mouvement et désorganisent donc toutes nos postures. Pour être certain de ne pas aggraver la douleur, on se méfie du moindre geste et nos mouvements s'en ressentent. Le sens de l'équilibre lui-même est perturbé car même une posture fixe mobilise des muscles susceptibles de donner cette désagréable impression d'un gros clou qu'on enfonce lentement dans la colonne vertébrale, impression que même les gens résistant bien à la douleur préfèrent éviter. Seule la position allongée soulage car, même si la douleur reste présente, l'inquiétude disparaît.
Hier, j'ai été ivre de douleur du matin jusqu'au soir. Cela ne ressemble pas tellement à l'ivresse alcoolique, mais par contre c'est assez proche de l'ivresse de la première cigarette lorsqu'on n'a pas fumé depuis longtemps. La différence, c'est que cela dure. Ce n'est en fait pas très douloureux, mais c'est totalement obsédant et j'étais incapable du moindre effort de concentration. Même une discussion banale me coûtait. En prenant mon vélo le soir pour rejoindre la gare, j'étais mal à l'aise : être ivre sur la route n'est pas recommandé, même quand c'est une ivresse légale. En fin de compte, une journée épuisante.
En fin de journée, le spécialiste m'a fait une infiltration (absolument indolore) et m'a dit qu'on définirait la prochaine fois un programme de rééducation chez un kiné. Aujourd'hui, la journée commence mieux, et j'espère que cela va durer.
Jo
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