4. Comprendre et faire comprendre
NOUS avons, ce dimanche, déjeuné à Annecy avec quatre de mes anciennes collègues, leurs maris et leurs enfants. Nous avons, entre autres, parlé de boulot. Pas de nos dossiers, non, mais de notre rapport au boulot. J'ai clairement dit que je vivais mal mon boulot, depuis un moment. J'ai reçu des paroles chaleureuses d'encouragement à mon projet de bilan de compétences, des marques de confiance. Sur la route du retour, mon chéri m'a demandé si l'enseignement me tentait. Il sait à quel point j'apprécie, dans mon boulot, de donner des cours deux ou trois fois par an, et que j'ai des qualités pédagogiques. Je sais mettre en évidence le squelette d'un système, le raisonnement principal qui permet de comprendre ensuite les détails. Et j'aime expliquer, surprendre les gens en leur faisant prendre du recul, leur montrer que dans ce qu'ils me disent il y a plus d'intelligence qu'ils ne s'en rendent compte, leur montrer que ce qu'ils ont compris leur permet, avec un tout petit basculement de perspective, de comprendre bien plus. J'aime comprendre et faire comprendre. J'aime faire progresser des gens sur des sujets que je ne connais pas, et j'y arrive souvent. J'aime tracer des cartes, les affiner peu à peu jusqu'à ce qu'elles expriment exactement l'idée que je veux faire passer.
Et je me suis souvenu que ma mère comme ses frères et sœurs sont très tournés vers la pédagogie. Plusieurs en ont fait leur métier ou activité (formateurs, orthophoniste, guide touristique, cours du soir bénévoles). Il se trouve que la pédagogie est une bonne synthèse de plusieurs des activités qui m'intéressent. J'aime faire progresser mes collègues, les aider à construire une méthode pertinente, relire leur travail avec eux pour qu'ils m'expliquent leur raisonnement, et poser des questions et des questions, les pousser à préciser leur pensée jusqu'à ce qu'elle soit limpide. J'aime lire les forums du Stop et essayer de guider les membres de la tribu chez qui je reconnais des schémas par lesquels je suis passé, leur proposer mon expérience pour qu'ils voient si elle les aide à tracer leur chemin. J'aime faire visiter Lyon à des amis, leur en raconter l'histoire, leur montrer qu'une ville est un organisme vivant, qui a son caractère, ses points forts et ses faiblesses, ses habitudes. J'aime rédiger une note claire pour faire comprendre un dossier, et reprendre et reprendre ma note jusqu'à ce qu'elle permette à coup sûr de comprendre. C'est en expliquant un dossier que j'arrive à le comprendre.
L'un des points sur lesquels je pourrai prendre appui pour ce travail de bilan de compétence est ainsi identifié. J'apprécie qu'il y ait dans mon métier une forte dimension pédagogique ; j'ai envie d'un métier où je doive expliquer, faire comprendre, faire progresser.
Il y a quelques temps, j'avais eu l'idée d'un bilan de compétences mais je ne me sentais pas prêt. Je crois qu'aujourd'hui je suis "à point". Je commence à y voir plus clair en moi, et j'arrive au point où j'ai besoin qu'on m'aide à formaliser mes réflexions et à les confronter à la réalité du monde professionnel et à mes compétences.
Et cette réflexion qui avance me semble montrer que la déprime recule, que j'apprends, un peu plus chaque jour, à vivre sans tabac. Non pas vivre sans tabac au quotidien, car cela est fait depuis longtemps, mais me projeter au loin, organiser ma vie. Cette réflexion qui avance sera, aussi, un exercice pour me dérouiller le cerveau et réapprendre à me concentrer.
Bonne semaine à vous !
Jo